Un truc qui me fascinait quand j’étais gosse, c’était de recevoir des colis. Ca n’arrivait pas souvent, mais quand c’était le cas, la vie prenait soudainement un peu d’épaisseur. Une densité quasi-magique. A découvrir un colis sur le coin de la table en chêne rustique des grand-parents en me levant un matin de grandes vacances, j’étais comme pas loin de fêter Noël en juillet. Sauf que ce n’était pas Noël, que je n’avais rien demandé, je ne savais pas donc pas ce qui se planquait dans ces fameux colis, et c’était ça, la magie. La porte ouverte à toutes les rêveries. Le champs des possibles ramené à une toute petite boite sur laquelle on avait gribouillé mon nom, suivi de l’improbable adresse de la ferme de pépé qui prenait soudain, à la voir écrite ainsi, des airs de royaume. Pendant une poignée de secondes, je me sentais spéciale. Du genre Elue. J’aurais trouvé dans le colis une mini-jupe en cuir trop courte et une paire de pieux en bouleau des pyrennées que j’en aurais été à peine étonnée. L’Elue, The Chosen One, en pyj’ et cheveux cradingues, mais grave emballée.

Bon, évidemment, dans le dit-colis, j’ai jamais trouvé ma panoplie de Tueuse de Vampires, la main gribouillant à la va-vite mon prénom sans majuscule était généralement celle de ma mère, et c’était bien rare de trouver dans cette boite à chaussures bâillonnée de chatterton autre chose qu’un Stephen King déjà lu vingt-cinq fois et une boite de Kinder Surprise. Mais quand même. Ca restait magique. De savoir qu’on avait collecté des choses en pensant à moi, c’était magique. Le Kinder prenait des allures de trésor. Le Stephen King se dévorait comme un inédit. Ce colis, il s’ouvrait avec des doigts fébriles et une regard tout allumé, quelque soit son contenu, quelque que soit sa provenance. Chosen One, j’te dis.

Alors tu penses bien qu’avec le temps, les colis, ils n’ont pas suivi. J’ai vieilli, la technologie a changé la donne, et la perspective d’être surprise un matin par le facteur s’est réduite comme un paquet de Spéculoos à portée de ma bouche. Du genre très vite, et totalement. Et puis, j’ai commencé à coudre, et à surfer. Sur des sites de couture, puis d’amazing couturières, jusqu’à tomber un jour sur un article parlant d’un Swap. Je ne mets pas longtemps à piger le concept, et là, excitation de gosse : à l’heure d’internet, des mails laconiques et des tweets abrégés, des gens s’envoient des COLIS ! Avec des TRUCS DEDANS !! Et je continue de te le balancer en majuscules, Amigo : des TRUCS QU’ILS OU ELLES ONT CREES EUX-MÊMES JUSTE POUR TOI !!!

Je m’emballe ? Je m’emballe. Je me suis emballée, en tout cas, à la découverte du concept. Emballée grave comme une gosse baignée d’ennui chez mémé lors d’un interminable été. Emballée par l’idée de recevoir un colis et des créations d’une inconnue, comme emballée par celle de créer à mon tour pour un petit bout de nana que je ne connaissais pas. Il aura finalement fallu attendre une poignée de mois pour que j’ai l’occasion de tenter l’expérience et c’est en janvier dernier, en découvrant la communauté de A Little Market, que j’ai pu m’inscrire à mon premier Swap, organisé par Marie de la Malle aux Lutins et Stéphanie de Nature-Couture, et qui présentait cet avantage énorme de réunir des créateurs de tous bords, et pas seulement du milieu de la Couture. Awesome.

Alors comment qu’c’est-y qu’ça s’est passé, dis-nous ? (Accent berrichon style).

Les festivités ont débuté par le remplissage d’un questionnaire hyper détaillé sur mes goûts, mes envies, mes attentes… ce qui, mon psy en hocherait frénétiquement la tête au moins trois fois de suite, a fatalement abouti à un maelström de trucs flous et contradictoires, incompréhensibles et indéfinissables, qui ne voulaient strictement rien dire mais, bien évidemment, étaient vachement clairs pour moi. Heureusement pour ma destinataire de questionnaire, il y était aussi question de mes mômes, et là tout de suite, question désirs et passions, à deux ans et demi, c’est tout de suite plus clair. Sortez-moi le train qui fait chou-tchou et Bébé qui veut biberon, et on est bons. Ce questionnaire, bien détaillé sur qui nous sommes et ce que nous attendons du swap, fut ensuite envoyé, via les organisatrices du swap, à la personne choisie pour me swapper – sans que je ne sache de qui il s’agissait – tandis que moi, je recevais le questionnaire de la personne pour qui je devais créer – et qui ne savait donc pas que c’était moi qui allait m’occuper de son cas, hé hé.

Recevoir le questionnaire de ma swappée fut une expérience très cool. Découvrir un petit bout de la vie d’une inconnue pour ensuite imaginer ce que je pourrais lui créer , quel objet pourrait prendre sa place dans ce quotidien que je ne connais pas, ce fut un challenge vraiment sympa. Pour moi, l’Elue fut Emilie, jeune maman elle-aussi adepte de couture pour ses crapouilles et qui officie sur ALM sous le pseudo de FéeFil-Couture-Magique. Avec un questionnaire copieusement rempli par la belle, l’inspiration mit peu de temps à venir, d’autant plus que, magie de la rencontre ou talent des organisatrices, les accointances furent au rendez-vous : enfants dans la même tranche d’âge, même amour du bleu pétrole, univers un peu similaires… Alors, si l’effervescence de créer pour un autre s’accompagne toujours de doutes dramatiquement existentiels, je me suis vite jetée dans le bain, et au bout des trois semaines dédiées au challenge, mon colis fut fin prêt à partir.

Au final, trois créations de mes mimines, agrémentées de bricoles en plus en guise de petits bonus. Pour ma swappée qui avait évoqué un portefeuille dans son questionnaire, j’ai rapidement décidé de réaliser un Compagnon Idéal.

compagnon swapp

Ce Compagnon Idéal, réalisé d’après la création originale des P’tites Mêches et de son super tuto que je te recommande vivement, est un Compagnon aux multiples contenances, pouvant recevoir deux chéquiers – utile quand tu sais plagier la signature de ton bonhomme – une pléiade de cartes – utile quand tu sais subtiliser la carte de ton bonhomme – des papiers d’identité – utile quand tu veux te faire passer pour ton bonhomme – et même quelques trésors cachés dans la petite trousse – utile quand tu veux y planquer la photo de ton bonhomme pour une raison qui ne regarde bien évidemment que toi. Réalisé en simili-cuir texturé bleu canard qui aurait pataugé dans le pétrole, ce Compagnon Idéal est doublé en tissu coton à motif Fleurs par Alexander Henry.

Pour la chouquette d’Emilie, petit bout de Princesse en devenir de bientôt dix-huit mois, une petite robe déjà présentée ici, d’après le modèle de la Robe à Fronces issu des « Intemporels pour Bébé », réalisée dans sa version doublée grâce au très chouette tuto de Laisse Luciefer que tu trouveras ici. Association d’un voile de coton vieux rose de chez Première Etoile avec un tissu coton motif Prairie de Fleurs rose par Andover USA. Little Princess à souhait.

Pour son petit bout d’artiste, une trousse également déjà vue ici. Assez grande pour y mettre tous les crayons du monde – crois-moi, on a testé. En tissu coton façon jean et appliqués de tissus coton colorés pour les lettres de son prénom. Doublée par une toile de coton japonaise à motif Panda & Fruits Exotiques de chez Kokka Japon.

Et puis les petits bonus, qui se dévorent, se gribouillent, se cousent, ou se plantent dans les cheveux… le tout rassemblé dans un colis débordant de papier de soie.

paquets swapp

Quelques jours plus tard, rebondissement de dingue, j’ai eu l’occas’ de remettre ça pour un swapp bonus destiné à Eloïse, great couturière de son état, officiant à la tête de Eloise-Lehuède-Créations. Dans son colis, la miss a eu droit pour son petit gars à un petit pantalon réversible et doublé, en tissu bio à motif « Bus & Pigeon » de chez Cloud 9. Oui, des bus et des pigeons. On n’est pas passés loin du tissu à motifs Zombies non plus, si ça peut te rassurer.

Auquel s’est ajoutée une BallaGroaarrr, bien décidée à se faire cajoler par la tribu complète :

BallaGroaarrr Swapp

Je crois, au final, avoir éprouvé autant de plaisir à préparer ces colis qu’à ouvrir les miens à l’aube de mes quatorze piges, et plus encore les jours suivants en attendant d’avoir un retour de mes swappées… qui, je crois, ont apprécié mes bricoles !

Quant à moi… après avoir guetté ma boite aux lettres pendant trois jours, habitée de la même excitation que la veille d’un season final de Scandal ou que mon mec quand il attend son avis d’imposition – oui, moi non plus j’comprends pas – j’ai enfin reçu le colis de ma swappeuse un joli mardi matin. Je l’ai ouvert presque religieusement, d’une main timide, poussant des petits cris de ravissement à chaque découverte des petites attentions de Josyane, ma swappeuse mystère dont j’avais déjà repéré l’univers, celui des Perles de Yana… jusqu’au cri quasi-hystérique en découvrant que ce que j’avais pris pour un pot de confiture était en réalité un pot de PATE A TARTINER AU SPECULOOS FAITE MAISON. Oui Friendo, encore de la majuscule ! Imagine mon état, sérieux. Une photo du rescapé, 48h seulement après réception du colis : une tuerie qui a bien pris cher… ^^

Speculoos

Et puis une avalanche de petits trésors pour les Crapouilles et moi : du tissu Liberty Mitsy vert que j’ai toujours adoré – celui-là et pas un autre, et Josyane est tombée pile dessus, tu le crois ça ? Souviens-toi, je l’ai déjà utilisé pour fleurir les oreilles de la BallaBunny – des petites choses à coudre, des barrettes pour la chouquette, un Tchoupi qui se baigne – cris hystériques de ma fille qui tombe dessus en rentrant de la crèche : Tchoupi, en fait, c’est un peu comme un One Direction pour les moins de trois ans – du thé Damman Frères que tu deviens tout zen rien qu’en le reniflant…

Et, cerises créatives sur le gâteau de perles, les créations issues de la magie des dix doigts de Josyane : une parure boucles d’oreilles et trio de bracelets en argent et cristal de swaroski bleu magique.

Et une écharpe ultra-douce d’un lilas tout tendre, ciselée d’une dentelle en mailles ajourées à faire pleurer les championnes de tricot. Pour l’instant toujours autour de mon cou, mais aux yeux de Maxine quand elle me voit avec, on est pas loin d’un duel matricide pour le St Graal.

T’es encore là, Gringo ? Nan parce que je tartine, là. Si d’habitude je me soigne, là on est devant une sacrée rechute.

Mais si tu as tenu bon, si tu es encore accroché au bout de cette ligne à mesure qu’elle s’écrit, laisse moi te féliciter d’abord – belle endurance, dis ! – et enfin satisfaire ton insatiable curiosité : si ça te titille de connaitre l’intégralité des échanges de ce swapp hivernal 2016, tu trouveras tout ce que tu veux savoir – ou presque – au bout de ce lien, sur le site de Mix-Mania qui nous a fait un joli article de récap’ !

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